Rencontre française – Catherine FORTER CHEE-A-TOW

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Rencontre française – Catherine FORTER CHEE-A-TOW

Dans cette partie du blog nous ferons la connaissance des français vivant à la Barbade. D’après un recensement fait par le Consulat de France, il y en a environ 250 qui s’y sont installés.

C’est maintenant à Catherine, une artiste et la femme du Consul honoraire de France à la Barbade, de nous raconter ses expériences barbadiennes. Elle vient d’une région viticole célèbre, à savoir, Bordeaux, dans le Département de Gironde au Sud-Ouest de la France.

Traduction de blog - AAA Translation Services (Barbados)

Alors Catherine, dites-nous, pour quelle raison êtes-vous venue à la Barbade ?

C’est une longue histoire. Je dirais même, une histoire de longue date puisque je suis arrivée à la Barbade il y a un peu plus de vingt ans. A l’époque, je finissais une maîtrise de Langues Etrangères Appliquées Mention Affaires Commerce à l’université de Bordeaux III et comme beaucoup d’étudiants pour avoir une certaine indépendance financière j’avais « un job d’été ».

J’aimais le milieu du vin pour l’ouverture qu’il offrait sur le monde et en même temps pour son attachement à la terre et au terroir. J’ai eu alors l’unique opportunité de travailler pour un grand monsieur du vin qui était Alexis LICHINE, américain d’origine russe, propriétaire de plusieurs grands crus classés, et écrivain. Il venait depuis les années 60 en vacances à la Barbade, au Sandy Lane. Alexis LICHINE disait toujours « You don’t follow trends, you set them! (Ne suivez pas les tendances, créez-les !)» Il a pour ainsi dire révolutionné le milieu du vin bordelais en ce sens qu’à l’époque – cela peut paraître invraisemblable – mais les femmes n’occupaient pas de postes à responsabilités dans ce milieu.

Donc, un jour Alexis LICHINE me convoque dans son bureau où je me rends, un peu inquiète, et il me demande « de but en blanc » si cela me plairait de passer trois mois à la Barbade, ce à quoi je réponds sans hésitation, ni considération « oui ! » J’avais au mur de ma chambre une immense carte du monde, et cela va sans dire que lorsque je suis rentrée chez moi j’ai cherché où se trouvait la Barbade, un petit point dont la forme ne se dessinait même pas sur ma carte ! Il n’y avait pas Rihanna à l’époque.  Voilà, en résumé,  comment je suis arrivée à la Barbade… pour développer ici et sur le reste des Antilles un réseau de distribution de grands vins français. Le destin… j’ai un jour causé le retard d’un vol de LIAT (ligne aérienne antillaise) que je prenais régulièrement… et je me suis mariée avec le commandant de bord (en riant).

L’installation fut-elle facile ?

Vous savez, quand on a 20 et quelques années, tout est toujours facile (en riant) ! Seul inconvénient, les loyers… pour tout dire, le prix (élevé) des loyers !

Y-a-t-il quelque chose que vous ne saviez pas à l’époque mais qui aurait facilité votre installation ?

J’avais passé ma dernière année en échange universitaire à l’université d’Oxford et je partais donc en toute confiance dans un pays anglophone. Ma fille Olivia me dit toujours qu’elle parle trois langues, français, anglais et Bajan (le dialecte barbadien) ! Inutile d’en dire plus…

Traduction français-anglais - AAA Translation Services (Barbados)

Quel fut votre plus grand choc culturel ?

Je ne peux pas vraiment parler de choc culturel. J’avais l’œil ouvert, l’œil de la découverte. « Choc culturel » implique une comparaison, voire un jugement par rapport à ma propre culture ce dont je me garde.

Quelques anecdotes cependant : je suis arrivée  pour la première fois à la Barbade et dans les Antilles, un soir de novembre, donc en pleine saison des pluies et le soir même de mon arrivée j’étais conviée par mes interlocuteurs Barbadiens d’alors, à prendre le traditionnel rhum punch. Cela se tenait sur la « gallery », cet espace à vivre typiquement barbadien et qui  est  une adaptation architecturale à la vie tropicale, datant de l’époque géorgienne. Il s’agit en fait d’une terrasse plutôt étroite qui a la particularité d’entourer le corps de maison,  permettant ainsi la prise des alizés quelle que soit la saison.

Je percevais pour la première fois un bruit qui dans la lourdeur et la profondeur de la nuit tropicale – la fatigue du voyage aidant – me paraissait strident et je me suis étonnée à voix haute, que personne ne prête attention à cette alarme de voiture bizarre ! AhAhAh ! Il s’agissait en fait d’une « whistling frog », cette petite grenouille grosse comme l’ongle et dont le chant est synonyme de la saison des pluies…

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Je sais que vous êtes artiste. Alors de quelles manières ont la culture et les mœurs sociales de la Barbade influencé votre expression artistique ?

La Barbade est indéniablement le lieu de ma naissance en tant qu’artiste. J’entends par artiste le moment où j’ai porté mon travail artistique au regard des autres et où j’ai compris qu’il avait un sens  pour celui qui en devenait acquéreur. Irving BURGIE, compositeur de l’hymne national de la Barbade est un de mes collectionneurs depuis de nombreuses années. Et le fait que ma peinture dans son intérieur de New York soit pour lui évocatrice de la Barbade a été pour moi une prise de conscience et de confiance quant à l’identité barbadienne de mon travail.

La luminosité est ici extraordinaire… la vivacité des couleurs dans tout ce que nous vivons au quotidien, la mer qui n’est jamais loin, le ciel mais aussi les fruits sur les étals des vendeurs de rue, les tissus, le parement des femmes, la végétation… la façon dont la lumière se reflète sur l’incroyable dégradé des couleurs de peau. J’aime parler de la générosité des formes et des couleurs, le jaune, l’orange, le rouge, le bleu, le vert, les couleurs de terre, couleurs omniprésentes et qui ne peuvent qu’influencer la sensibilité artistique. Couleurs qui symbolisent l’énergie, la créativité, le bien-être.

GAUGUIN a passé une année en Martinique après être parti pour travailler à la construction du Canal de Panama et bien sûr avant la Polynésie! La Barbade comme le reste des Antilles s’est construite au fil des siècles par la rencontre, dans la douleur, des continents et des peuples d’Europe, d’Afrique, d’Asie et du Moyen Orient et j’aime à penser que cela lui a conféré ce sens de la tolérance, de l’endurance et de l’adaptabilité.  L’identité dans la diversité… je réfléchie beaucoup au sens de la créolité de (Patrick) CHAMOISEAU, confiante pour la valeur identitaire que ce mouvement littéraire apporte à notre société. J’aborde cela dans ma peinture à travers la représentation de la femme, qui à la Barbade, est une source constante d’inspiration dans son incroyable diversité.

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Pensez-vous que votre évolution en tant qu’artiste aurait été très différente si vous étiez en France, un pays avec une très grande tradition artistique et reconnu mondialement pour cela? Est-ce que le fait d’être ici a été favorable ou bien le contraire ?

Je pense que développer mon art à la Barbade m’a laissé une plus grande liberté d’expression et de recherche de style. Je veux dire par là que je ne suis pas assujettie aux modes car même dans la création, il y a ce phénomène de tendance. De plus, la Barbade est une vitrine sur le monde, d’une part parce que nous nous trouvons géographiquement au croisement de plusieurs continents – l’Europe, l’Amérique du Nord et l’Amérique du Sud – et d’autre part parce que nous sommes une destination touristique internationale. Cela permet à l’art Barbadien de devenir une valeur universelle !

A votre avis, est-ce que de manière générale le public barbadien apprécie l’art ?

Il y a une grande dynamique artistique à la Barbade dans la musique, la danse, le chant, la peinture. L’art vit et n’est pas juste le privilège d’une élite sociale et artistique, voire intellectuelle.  L’art et la musique sont deux matières à part entière, obligatoires, enseignées au collège, au moins jusqu’en classe de quatrième. Les enfants font des travaux pratiques de peinture, sculpture, un peu d’histoire de l’art, visitent une ou deux galeries en voyage d’étude. Il n’est pas rare sur le parking de l’école lorsque j’attends mes enfants, d’entendre du steel pan, du saxophone.

Oui, je crois que le public Barbadien apprécie l’art peut être justement parce qu’il y a eu cette introduction à l’école. Parmi les nombreuses galeries d’art, il y a même une galerie ambulante « Festival Gallery » qui se déplace chaque semaine sur les marchés et les différentes manifestations culturelles. C’est très innovateur mais cela  permet d’atteindre un public différent de celui des galeries conventionnelles, voire même de permettre aux plus jeunes, aux futurs collectionneurs de faire leur premier achat ! Festival Gallery a été fondée par une dame qui chaque année montait une exposition d’artistes barbadiens qu’elle présentait à Londres pour l’Indépendance. Je regrette cependant que nous n’ayons pas de galerie nationale !

Que trouviez-vous / trouvez-vous le plus frustrant en ce qui concerne la vie ici ?

Le manque d’intérêt public et privé à préserver et restaurer les trésors de l’architecture suburbaine de Bridgetown de la fin du 19ème début du 20ème. Je ne peux m’empêcher d’avoir un pincement au cœur lorsque je passe chaque jour dans Bay Street, Country Road etc. J’étais très heureuse lorsque la Garrison et le vieux Bridgetown ont été classés au patrimoine mondial de l’UNESCO.

Traduction anglais/français - AAA Translation Services (Barbados)

Et qu’est-ce qui vous plait le plus ?

J’aime la tolérance des Barbadiens… l’unité dans la diversité ethnique, religieuse.

Quelle attraction touristique vous plaît-elle le plus ?

J’aime Lancaster House et St Nicholas Abbey. J’aime le Musée – j’y vais régulièrement et je passe des heures dans la petite librairie. Je découvre toujours quelque chose. J’ai aimé l’exposition faite sur le Canal de Panama. J’aime aussi le Crane et cette impression de grand air et d’horizon.

Quel est votre plat barbadien préféré ?

Les oursins. Dommage les saisons se font de plus en plus rares ! J’adore tout ce qui vient de la mer. J’aime aussi les Chubs (chevesne).

Quelle est votre expression barbadienne préférée ?

« You put on size ». La première fois que je l’ai entendue, je ne vous cache pas qu’elle m’a un peu offensée, car je pensais que la personne me disait que j’avais grossi (rires). En fait, en Bajan, ça veut dire « You look good » (tu as bonne mine). (L’expression peut laisser sous-entendre que la prise de poids est plutôt flatteuse).

Quelle est votre plage préférée?

Carlisle Bay pour une longue marche et un bain le matin ou en fin d’après-midi.

Que faites-vous pour vous détendre ?

De la peinture et du yoga. J’aime aussi la pêche au gros et j’aime sortir écouter du jazz… nous avons des musiciens de grand talent !

Auriez-vous des conseils ou tuyaux à donner aux français qui souhaiteraient s’installer à la Barbade ?

 Nous avons tous des attentes différentes lorsque nous choisissons de nous installer à l’étranger. Mais quelles que soient les raisons et attentes de votre expatriation, ouvrez grand les yeux et laissez-vous séduire par le plaisir des sens de la vie dans cette partie du monde.

La Barbade en trois mots 

Soleil, bonheur, inspiration.

 

Photographies par Stephen R. SMITH, Pro Photo Studio / Photo Dynamics Inc.

Blog written and translated by AAA Translation Services. For the English version see here.


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